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 CANTABILE - Lysandre Sparrow

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Lysandre Sparrow
Cantabile
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MessageSujet: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Sam 10 Juin - 22:41



Lysandre Sparrow
Cantabile

35 ans ᵜᴥ 3 Juillet 1982 ᵜᴥ 1m77 ᵜᴥ ♂ ᵜᴥ Yeux : Noisette ᵜᴥ Ses cheveux sont blancs depuis le décès de sa mère, ils sont blonds de base. ᵜᴥ Psychiatre, fait quelques heures à l'université ᵜᴥ A l'écoute ᵜᴥ Compréhensif (un petit peu) ᵜᴥ Gourmand (le sucré, sa vie) ᵜᴥ HYPER tête en l'air ᵜᴥ Intransigeant ᵜᴥ Concerné ᵜᴥ Papa poule ᵜᴥ Joue les idiots ᵜᴥ Affectueux ᵜᴥ Souriant ᵜᴥ Travailleur ᵜᴥ Ambitieux.  

ᵜᴥ Souvent mélancolique ᵜᴥ Volage ᵜᴥ Incapable de s'attacher (sentimentalement) ᵜᴥ Un peu faux ᵜᴥ Bon menteur ᵜᴥ Légèrement trop laxiste avec Liam ᵜᴥ Envahissant ᵜᴥ Médisant ᵜᴥ Lunatique (Il passe de Mr. Jovial à Mr. J’t’emmerde en un instant) ᵜᴥ Peut se montrer froid ᵜᴥ Calculateur ᵜᴥ Ne fais jamais les choses si elles ne sont pas dans son intérêt ᵜᴥ Susceptible ᵜᴥ N’a aucun tact hors de son travail ᵜᴥ Aime qu’on fasse attention à lui ᵜᴥ Imprévisible ᵜᴥ Cachottier ᵜᴥ Bordélique ᵜᴥ Dépensier (Voire acheteur compulsif.) ᵜᴥ Narcissique ᵜᴥ Capricieux.

Invisible Rope

Il est capable de créer des cordes psychique. Des liens ni plus ni moins. Qu'il est le seul a voir. Et à contrôler. Il est capable de les "lancer" ou plutôt de leur commander d'aller attraper quelque qui fuit sur 30 mètres. Ses cordes viennent de sa propre énergie. Si petit ça le fatiguait énormément une longue maîtrise lui permet désormais de ligoter quelqu'un durant une bonne demie journée. Pas sans risque, évidemment. Vu qu'elles pompent justement dans son énergie, il lui faut généralement enchaîner sur une longue sieste d'au moins trois heures, pour convenablement récupérer.

Et... c'est tout, ce sont des cordes quoi. Il a eu vingt ans pour le peaufiner son pouvoir, vous vous attendiez à quoi ?

Mon histoire

3.37

Impossible de fermer l’oeil, c’est gonflant. J’ai beau tourner, virer, me rouler dans tous les sens, j’ai les mêmes visages qui me martèlent la tête, les mêmes souvenirs qui viennent m’emmerder. Tellement oppressants que je sais que j’arriverais sûrement pas à pioncer.

&

Je suis né en Angleterre, un après-midi d’été. Où exactement ? On s’en fout. Le temps était aussi laid qu’à l’accoutumée, il pleuvait des cordes et ma mère avait failli y passer.

Pourtant, ça ne l’avait pas empêchée de m’aimer plus que tout ce que j’aurais pu imaginer. J’avais grandi dans un cadre familial particulier mais agréable. Mon père travaillait énormément, peut-être même un peu trop quand j’y repense, mais je ne m’en étais jamais inquiété. J’avais vécu comme un enfant normal, aimé par une mère qui, de temps à autre, faisait des choses qui me semblaient aussi étranges qu’insensées.

« Maman est un peu malade mais elle ira bien, d’accord ? Sois un gentil garçon et aide la comme tu peux, s’il te plaît. »

Je ne voulais pas lui rendre les choses plus difficiles alors je faisais attention, parfois.
J’avais compris qu’elle était malade et que ces fois où je l’entendais vomir n’arrivaient que parce qu’elle se perdait un peu plus dans l’enfer sur terre qui avait été ouvert sous ses pieds. J’avais compris qu’elle m’aimait mais, qu’à l’inverse, elle se détestait. J’avais compris, moyennement, que rien n’était de sa faute et qu’elle n’avait jamais rien demandé.
Je l’avais sous mes yeux, je la voyais s’éteindre un peu plus à chaque jour que Dieu faisait, mais je n’arrivais pas à l’aider à se relever.

Septembre 1988, peu après mon entrée à l’école primaire.

— Tu aimes ton papa, Lysandre ?

Je devais avoir six ou sept ans, à peu près.
Ce qu’il fallait pour savoir que je lui en voulais, énormément. Parce qu’il n’était jamais là, lorsqu’elle l’appelait. Parce qu’il n’était pas celui qui la voyait pleurer, crier et se faire du mal comme elle le faisait. Elle se cachait, sûrement pour me préserver. Pour ne pas m’infliger une décadence qui m’avait sauté aux yeux le soir où, pour la première fois, je l’avais trouvée à moitié effondrée sur le canapé, les yeux mi-clos et les cheveux collés à son visage par les sueurs froides que ses crises lui infligeaient.

Elle m’avait souri, comme une aliénée pouvait sourire. Elle m’avait demandé de m’en aller, pour ne pas le regarder. Elle m’avait rejeté et, pourtant, ses doigts agrippaient désespérément le bas du pyjama à petites voitures rouges qu’elle m’avait offert pour mon cinquième anniversaire, comme pour m’empêcher de m’en aller.

Et lorsqu’elle m’avait attrapé pour me prendre dans ses bras, j’avais eu l’impression de la sentir s’accrocher à moi comme elle se serait accrochée à ces cachets auxquels elle se droguait, littéralement.

— Non.
— Pourquoi, mon ange ?

Sa voix brisée avait fait courir un horrible frisson sur ma peau mais je n’avais pas bougé, blotti dans ses bras en essayant maladroitement de la consoler. Je ne savais pas réellement quoi faire. Elle était là, devant moi, le visage presque livide et les doigts tremblants. Ses immenses yeux bleus vides et ses lèvres étirées en un sourire qu’elle voulait sûrement rassurant.

Elle m’avait toujours aimé, toujours. Peut-être même plus que ce que j’aurais pu imaginer. En dépit de tout ce que je faisais.

— Il n’est jamais là et il te laisse toute seule.
— Et moi, tu m’aimes, Lysandre ?

Ma réponse avait été aussi évidente qu’instantanée.

— Oui. Plus que lui. Jusqu’au soleil.

Je ne mentais pas. Même maintenant, si je l’avais devant moi, je ne mentirais pas en lui disant que c’est le cas.  

Elle m’avait serré dans ses bras, de toutes les misérables forces qu’il lui restait. Incapable de s’arrêter de pleurer et de marmonner des choses que j’aimerais mieux oublier. « Je veux mourir. Je t’aime. Je n’en peux plus. Je suis épuisée. J’aimerais pouvoir te donner mieux…. Tellement mieux. Je t’aime. » Incapable de se reprendre en main et d’avancer sans qui que ce soit pour l’y aider.

J’avais six ans. Seulement six ans.

— Viens, on va dormir.

Elle avait seulement secoué la tête, sans parvenir à se sortir du délire sûrement invivable dans lequel elle se noyait. Sans réussir à comprendre que la réalité était autour d’elle et pas dans l’enfer qui la brûlait.

— Maman… Viens. Il faut dormir.

Aucune réponse. Aucune réaction. Sa voix se perdait dans un entrelacs de gémissements et de sanglots incompréhensibles et je n’avais aucune idée de ce que je devais faire. Mes doigts s’étaient maladroitement perdus dans ses cheveux, pour les caresser, et j’avais fini par me la boucler. Parce qu’à six ans et des poussières, les mots pour essayer de la raisonner me semblaient aussi inatteignable que le soleil, au-dessus des nuages. Parce que je ne pouvais que les regarder flotter au-dessus de ma tête, sans réussir à les attraper.

Ce soir-là, mon père était rentré si tard que j’avais eu le temps de m’endormir avec elle sur le canapé. Il n’avait rien dit, jusqu’à la fin. Le visage fermé, il m’avait réveillé et m’avait silencieusement intimé de me mettre au lit, en emmenant ma mère avec lui.

&

Cela ne m’avait pas empêché de continuer à m’inquiéter, tous les jours qui suivirent. De l’automne à l’hiver… Du printemps à l’été...
Tous les jours, sans m’arrêter, j’allais la réveiller en surveillant tout ce qu’elle faisait. J’aimais son rire et ses câlins, pas ses larmes et ses étreintes désespérées. Alors je l’aidais, comme je pouvais. Je lui demandais de me faire des gâteaux et j’apprenais, comme je pouvais. Sans m’arrêter de la surveiller. Je lui faisais des dessins tous plus affreux les uns que les autres et elle ne s’arrêtait jamais de me féliciter, à chaque fois que je rentrais. Elle ne s’arrêtait jamais de sourire, quand bien même elle se perdait, un peu plus, à chaque jour qui s’écoulait. Elle me mentait, toujours, et je faisais comme si j’y croyais.

Mais ces cicatrices sur sa peau, je les voyais. À chaque fois même qu’elle me prenait dans ses bras, je les sentais. J’avais l’étendue de son désespoir sous ses yeux mais je ne savais pas comment l’accepter, ni le gérer.

Juillet 1991, quelques jours avant mes neuf ans.

Je la voyais de moins en moins souvent. Quatre ou cinq fois par semaine, à peu près. Elle avait été internée un mois auparavant et je n’avais pas de réels moyens de lui rendre visite, quand bien même je le voulais. Mais elle allait mieux, je le voyais. J’y croyais. Comme un con, j’y croyais.


Les rares fois où je la visitais, j’inspectais ses bras et elle me regardait faire en riant, comme pour souffler sur toutes mes inquiétudes comme si elles n’avaient rien été.
Et puis, une fois son fou rire passé, elle commençait à parler, beaucoup. Souvent des mêmes choses, mais je l’écoutais, parce que je ne pouvais rien faire de mieux. Parce qu’il n’y avait rien de mieux que je puisse faire.

— Tu reviens vite à la maison ?
— J’espérais être là pour ton anniversaire alors je demanderais à sortir, oui.

Ce n’était pas ce que j’avais demandé. Mais la réponse m’allait alors je n’avais pas relevé.

&

— Où est Maman ?
— À l’hôpital, Lysandre.
— Pourquoi ?
— Parce qu’elle est malade. Tu le sais, non ?

Évidemment que je le savais.

— Elle avait dit qu’elle voulait venir, pour mon anniversaire.
— Son état s’est empiré, Lysandre. Elle ne pourra pas venir.

J’avais commencé à le détester lorsque je m’étais rendu compte de son comportement horriblement détaché. Lorsque je l’avais vu remplir les papiers du centre hospitalier où ma mère séjournait, parce qu’elle risquait visiblement d’y rester.

— Tu t’en fiches de Maman ?
— Non.
— Alors pourquoi on dirait que si ?
— Parce que j’en ai marre.
— De quoi ?
— De la défendre, elle et sa connerie. D’avoir à gérer ses bêtises et ses crises de nerfs et de paranoïa. Je me suis mariée à une femme, pas à… une personne comme ça. Elle a eu ce qu’elle méritait, et elle tombée là-dedans parce qu’elle le voulait. Je ne vois pas pourquoi je devrais encaisser ça et tu n’as pas idée du nombre de fois où j’ai dû t’empêcher de voir des choses que tu n’aurais sûrement pas voulu voir, Lysandre.  

Ca avait été comme une gifle. Non en fait… Sur l’instant, j’aurais même sûrement préféré me manger une gifle.

J’avais neuf ans. Seulement neuf ans.
Et on m’avait envoyé en plein visage les débris d’un espoir déjà brisé depuis longtemps.

Des choses que je n’aurais pas voulu voir ? Combien de fois je l’avais retrouvée, inerte, face contre terre dans le contenu de son propre estomac parce que son corps ne supportait plus les plaquettes entières de diazépam qu’elle ingurgitait ? Combien de fois j’avais du être confronté à son regard totalement perdu, lorsque je lui expliquais ce qu’elle avait fait ? Combien de fois je l’avais entendue hurler, parce qu’elle voulait mourir et que j’essayais maladroitement de l’en empêcher ? Combien de fois j’avais été quand lui avait tourné le dos à ma mère sans plus se soucier de ce qu’elle avait ?

— J’aiderais Maman, moi.
— Tu ne vas aider personne puisqu’elle va rester là-bas. Maintenant va manger.

J’étais affreusement frustré, perdu et déboussolé. Surtout déboussolé.

— J’ai pas faim, bonne nuit.

Il m’avait répondu d’un vague haussement d’épaules et j’étais monté en vitesse dans ma chambre, pour m’enfermer. Pour oublier. Pour me perdre dans les livres que ma mère m’avait achetés, pour me faire rêver.

Et de là, son cycle infernal avait commencé. Hospitalisations, renvois, examens… De l’hiver au printemps, de l’été à l’automne, chaque année... Au fil des saisons, les souvenirs que j’avais considéré comme merveilleux s’étaient teint de l’amertume d’une maladie qu’elle n’arrivait plus à gérer, comme si elle voulait elle-même les effacer.

1995.

Mai. Le printemps amenait ses premières couleurs et ma mère eût sa plus longue autorisation de sortie depuis… Un moment. Ce n’était pas la première fois, quand bien même ses retours ne duraient jamais aussi longtemps. Elle avait un mois pour prouver qu’elle était assez stable pour ne pas avoir à y retourner. Et là aussi, j’y croyais.


J’allais sur mes treize ans.

— Alors, ta mère est rentrée ?

Robin, Alexa et Jeremy.
Je les avais rencontrés devant le collège, deux ans auparavant, sans trop savoir ce qu’ils foutaient là. Je savais juste que, peu importe qui ils étaient, ils avaient l’air aussi crétin que moi.


— Mh. Ce matin.

Elle avait trois ans de plus que moi. Et sûrement une vie bien plus bordélique au vu des tatouages et piercings qu’elle se traînait partout sur le corps.

— Comment elle va ?
— Comme quelqu’un qui sort d’un hôpital psy.
— Mh…

Elle n’avait rien ajouté. Parce qu’il n’y avait rien à en redire, de toute manière.

— Tu en veux ?

La tête inclinée, elle m’avait tendu la cigarette qu’elle tenait entre les mains, et je l’avais machinalement attrapée. J’étais con, à treize ans.  

&

— C’est ta copine ?
— Qui ?
— La fille avec qui tu es revenu. C’est ta copine ?
— Non, elle est lesbienne.

Mes échanges avec mon père ne se limitaient plus qu’à des formalités, ou de vagues accès de curiosité de sa part, lorsqu’il me voyait rentrer. Je n’avais rien à lui dire, rien qui ne puisse me donner envie de lui parler. Je n’écoutais qu’à moitié les nouvelles qu’il me donnait de ma mère, parce que j’aimais mieux appeler l’hôpital pour savoir comment elle allait.

Il était à peu près onze heures du matin, ce jour-là, lorsqu’elle s’était réveillée.
J’étais affalé comme un sac devant la télé et j’attendais juste silencieusement qu'on vienne me chercher. Mes journées s’écoulaient généralement entre sorties et conneries et je m’en convenais très bien.

— Tu vas bien, mon coeur ?

Sa voix n’avait pas changé. Rien n’avait changé. Elle n’était juste plus elle-même. Elle n’était plus la mère que j’avais aimé, et pour laquelle j’aurais tout donné. Elle était déjà morte et, pourtant, je ne pouvais pas m’empêcher de lui sourire, à chaque fois que je le regardais. Malgré ses yeux cernés, ses joues creuses et son sourire aussi éteint que le regard doux qu’elle ne manquait jamais de me donner.

— Oui et toi ? Tu te lèves tard.
— Mes médicaments m’assomment un peu.
— Comment est-ce que tu te sens ?

Elle avait haussé les épaules, les yeux rivés sur la télé qu’elle ne semblait pourtant pas vraiment regarder.

— Plutôt bien, je suppose. Comment ça va, à l’école ?
— Mh… Ca va.
— Ah oui ? J’avais peur que tu ne t’en sortes pas à cause de moi… Je suis contente, alors.

J’avais presque senti ma poitrine se broyer sous la culpabilité. Mêlé au sentiment de dégoût profond qui me tiraillait, par rapport à tout ce que je ressentais. Comment est-ce que j’avais pu lui en vouloir ? Est-ce que je ne m’en voulais pas plutôt juste à moi ? Je me détestais d’avoir préféré fuir plutôt que de tenter de l’aider, comme j’avais dit que je le ferais.

Pourtant, plutôt que de m’y confronter, j’avais préféré me relever, embrasser sa joue et la laisser toute seule devant la télé.

— Je t’aime, à toute à l’heure, maman.

Elle n’avait pas répondu, les yeux toujours rivés sur l’écran quand bien même elle souriait un peu plus. Un sourire à fendre l’âme et au final, eut-être que c’était elle, qui m’en voulait. Peut-être même qu’elle me détestait, d’avoir fini par arrêter d’essayer. Peut-être qu’elle attendait simplement d’arriver au bout et qu’elle avait, elle aussi, fini par renoncer. Peut-être que son sourire était aussi gonflé d’amertume uniquement parce qu’elle m’en voulait.

— Maman ?
— Oui, chéri ?
— Tu me détestes ?

Jusqu’à maintenant, je ne sais pas pourquoi je lui ai posé cette question. Mais je me rappellerais toujours de ses yeux, lorsqu’elle avait finalement daigné me regarder.

Je ne les avais plus vu briller depuis longtemps... Beaucoup trop longtemps.
Et j’aurais tout donné pour ne pas y voir ce que j’y avais vu, ce jour-là.

— … Quoi ?

Sa voix était aussi brisée que le bleu, soudainement ravivé, de ses yeux. Et moi ? Je me sentais horrible, stupide et égoïste. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je pouvais penser qu’elle me détestait ? Pourquoi est-ce que je le lui avais demandé ? Si elle m’aimait autant que ce qu’elle disait, elle ne serait pas tombée malade, non ? Si je suffisais à son bonheur, elle n’aurait pas eu besoin d’aller où elle allait, non ? Mais alors pourquoi est-ce que ses yeux brillaient comme ils le faisaient ? Pourquoi est-ce que son visage était un arrache-coeur ? Pourquoi j’avais l’impression de sentir le sol s’ouvrir sous mes pieds ?

— Lysandre, je… Bien sûr que non…

Je me posais sûrement trop de questions. Je n’avais jamais arrêté de trop me poser de questions. À cause de mon père et de sa connerie. À cause de mon manque de recul et de ma connerie. Je ne connaissais rien de la complexité des maladies mentales. Je n’y comprenais rien alors je les niais, en bloc. Comme le crétin fini que j’étais. Et pour le coup, je me serais giflé moi-même, si je le pouvais.

— Tu m’en veux parce que je ne peux pas t’aider ? Non ? Tu m’aimes, Maman ?

Ma voix tremblait sûrement autant que la sienne, par-dessus les bruits parasites de la vieille télé restée allumée sur la même chaîne, depuis plusieurs jours désormais. Par-dessus les images des premières éclosions d’un printemps que je ne voulais pas voir passer. Que je ne pouvais pas voir passer. Elle était là, devant moi, et elle pleurait. Comme jamais elle n’avait pleuré. Ses larmes n’avaient rien à voir avec celles qu’elle laissait couler, lors de ses “crises”. Elle ne hurlait pas, elle ne bougeait pas. Elle restait juste là, la main contre les lèvres et les yeux rivés dans le vague, sûrement pour m’empêcher de voir une énième chose qu’elle voulait me cacher.

— Je suis désolée, Lysandre… Tellement désolée… J’aurais voulu être normale… J’aurais voulu pouvoir être une maman aussi géniale que celle de tes copains… Te donner tout ce que j’aurais voulu te donner… Je suis désolée de ce que je t’ai infligé, mais… Je t’aime. Tu es mon fils… Et je t’aime… Plus que tout… N’en doute jamais. Je vous aime, toi et ton père… Je ne sais juste plus comment vous le montrer… Comment l’accepter… J’ai peur, et… Je ne sais même pas où je vais… J’ai envie de mourir, j’en peux plus, c’est… Épuisant, oppressant… Je…

Le reste de ses mots s’était étouffé dans un sanglot et j’avais senti mon coeur se serrer si fort que je n’avais pu qu’à nouveau me laisser à nouveau tomber près d’elle, dans le canapé.

— Maman…

Elle n’avait pas bougé, comme la première fois où je l’avais vue s’étouffer sous le poids de la maladie mentale qui la tuait. Elle ne voulait pas bouger. Ses yeux fixaient obstinément le vague et elle avait violemment frissonné, lorsque je m’étais décidé à la prendre dans mes bras.

— Lâche-moi, Lysandre…

Ca non plus, je ne m’y attendais pas. Le rejet n’avait jamais été quelque chose que j’avais pu subir étant enfant. Et même avec du recul, il était affreusement compliqué à encaisser, à treize ans.

— Non…

Je ne me rendais pas compte de la chance que j’avais d’avoir une mère qui m’aimait, malgré la maladie qu’elle avait. J’aurais pu être un enfant abandonné, délaissé, oublié. Pourtant, et en dépit de la haine qu’elle éprouvait envers elle-même, elle avait réussi à m’aimer. Elle avait réussi à me donner tout ce dont j’avais besoin, sans compter. Et je ne l’avais jamais remarqué. Jusqu’à ce qu’elle finisse par me le refuser.

Mon étreinte n’avait pas été assez forte pour qu’elle se débatte alors je ne m’étais pas étonné de la voir se lever. Je n’avais pas non plus cherché à le retenir, je savais qu’elle ne voulait pas rester. Autant que je savais qu’elle n’était pas blessée. Non. Elle était simplement dévastée. Dégoûtée d’elle-même et je ne l’avais pas aidée.

— Maman… Je sais que tu nous aimes et… Tu nous l’as assez montré. Je ne sais pas pourquoi je t’ai posé cette question, je suis désolé… J’avais juste peur que tu m’en veuilles parce que je suis un peu distant avec toi…

Elle n’avait pas répondu, murée dans un silence que j’avais laissé passer pendant quelques minutes avant de finalement soupirer, frustré. Je ne savais pas quoi faire, je n’avais aucune idée de ce que je devais dire. Comment est-ce que j’étais supposé agir, à treize ans, face à une mère malade et blessée par ma propre connerie ? Comme je l’avais toujours fait, pour changer. J’avais fui. Le klaxon de Robin m’avait arraché à mon introspection et j’avais tourné les talons, sans un mot.

Ce soir-là, elle avait tenté de se suicider, encore une fois.

Il était à peu près dix-huit heures quand j’avais reçu l’appel de mon père. Plus paniqué que jamais. Ce n’était pas la première fois qu’elle essayait. C’était toujours aussi inquiétant, juste désespérément… Habituel. Elle sortait, déraillait, essayait. Le même cycle, sans fin, sauf aujourd’hui. Elle avait tenu trois semaines et demi, presque ce qu’il lui fallait pour ne plus avoir à y retourner.

Et j’avais totalement merdé.

Elle avait tenu et j’y avais cru, encore une fois. Parce que je ne pouvais que croire que tout allait s’arranger, à défaut d’essayer. Parce que je ne pouvais qu’espérer, quand bien même j’avais l’impression qu’elle ne s’arrêtait jamais de piétiner mes convictions sans même savoir qu’elle le faisait.

— On est déjà à l’hôpital, dépêche-toi.

Il avait raccroché, et j’avais quitté la maison de Robin plus vite que ce que je serais sûrement capable de courir au cours de ma vie.

Retrouver mon père avait été plutôt facile. Tenter de me calmer avait été une autre paire de manches.

— Où est-ce qu’elle est ?
— Ils s’occupent d’elle, calme toi, ça… Devrait aller.
— Comment ça ça devrait aller ?! Tu m’appelles en paniquant presque parce que Maman a encore craqué et ça devrait aller ?! — Qu’est-ce qu’elle a fait ? Encore ses médicaments ? L’eau de Javel ? Ses veines ? Qu’est-ce qu’elle a fait ?

Il avait soupiré, l’air aussi désemparé que moi et je m’étais fait violence pour m’empêcher de lui écraser mon poing dans le nez. J’avais cru, l’espace d’un instant, qu’il était capable de s’inquiéter ne serait-ce qu’un tant soit peu pour la femme qu’il avait épousé. Visiblement, non.

— Elle a essayé de sauter. Quelqu’un l’a vue et a appelé les secours après l’avoir rattrapée.
— Et toi, t’étais où ?

Mon sang bouillonnait, j’avais l’impression que j’allais exploser.

— Au travail, Lysandre. Ils m’ont appelé parce qu’elle leur a donné mon numéro et je suis venu dès que je l’ai su. Elle n’aurait pas sauté.
— T’as l’air vachement sûr de toi pour quelqu’un qui l’a jetée dans l’enfer où elle est.
— … Va la voir, Lysandre.

Je ne m’étais pas fait prier. Au risque de lui écraser ma main sur la gueule, j’avais poussé la porte de la chambre, quasiment vide, où elle était et j’avais presque arrêté de respirer.
Rien à voir avec les autres fois où elle avait essayé. Aucune trace de sang, aucune perfusion, rien.

Elle était juste là, devant moi, le corps tremblant et les yeux fixant le vague comme si elle tentait de s’y retrouver.

— Maman ?

Elle n’avait pas bougé, ne m’avait même pas regardé, n’avait pas non plus arrêté de trembler. Elle était là, sans être là.

— Elle n’a rien dit depuis qu’elle est arrivée, à part pour nous communiquer le numéro de votre père et pour refuser ses calmants.
— Elle les a pris ?

L’infirmière avait simplement hoché la tête avant de s’éclipser et, face à moi, ma mère avait vaguement sursauté.

— Pars.

C’était simple, clair, précis. Direct et concis. Sec et dénué de toute la douceur qui teintait habituellement sa voix, lorsqu’elle me parlait. Désespéré et entièrement de ma faute. C’était moi qui l’avait poussée à se remettre en question. C’était moi qui l’avait poussée à douter. C’était de ma faute si elle devait retourner se faire pourrir le cerveau dans un centre psychiatrique qu’elle détestait un peu plus, à chaque fois qu’elle y posait les pieds. C’était de ma faute et je n’étais pas prêt à l’encaisser.

Je n’avais que treize ans. Des convictions merdiques et un mental aussi fragile qu’une feuille de papier.

Alors j’avais fui, tout bêtement. Parce que c’était ce que je faisais de mieux, au fond. J’étais retourné chez Robin et j’avais éteint mon portable pour ne pas entendre mon père me hurler de rentrer. Je ne l’avais pas prise dans mes bras, ce jour-là, comme je le faisais habituellement avant qu’elle ne parte pour un nouveau séjour infernal dans un centre psychiatrique mal organisé.

La dernière fois où je l’avais fait avait été celle où je l’avais brisée. Ou du moins, c’était ce que je croyais.


Après ça, mes rapports avec ma mère s’étaient limités à de simples échanges courtois. Je l’esquivais, quand bien même je voyais que je lui faisais mal. Quand bien même elle me montrait que mon comportement la blessait. J’avais préféré abandonner l’idée de me battre contre la culpabilité qui me rongeait, éviter tout contact pour ne plus avoir à lui infliger ce que je lui avais déjà infligé.

J’avais préféré devenir lâche au lieu de me battre, quand bien même elle le méritait.

Septembre 1998, un soir comme un autre.

J’avais seize ans, deux grammes d’alcool et de l’adrénaline en trop dans le sang. J’étais con, pour changer.
Alexa avait laissé sa place à une dénommée Valeria et cette nana était sûrement la fille la plus magnifique et perchée que j’avais connue.

Elle avait le même regard que moi. Vide et profond. Éteint et vivant. Sincère et terriblement faux. Elle était sublime et j’avais l’impression de brûler, à chaque fois que je la regardais. J’avais l’impression de l’aimer un peu plus à chaque fois que je la touchais.

— Quel genre de cons va péter des vitres à trois heures du matin pour voler des sédatifs, sérieusement ?

J'avais découvert mon pouvoir ce soir-là. En traçant ma vie parce que les flics nous étaient tombés dessus, après qu'on ait essayé de cambrioler une pharmacie à peine bien gardée. Ma main avait machinalement lancé le sachet que je tenais et les cordes avaient filé à cet instant-là. Sans même que je ne sache d'où elles venaient. Elles étaient juste là, enroulées autour des flics, invisibles aux yeux des autres, et moi je balisais.

& le lendemain.

— Putain… Ma tête va péter.
— Loin de moi, s’te plaît, je veux pas du contenu de ta boîte crânienne dans mes céréales.
— Non, mais si tu continues à me faire chier, tu vas y avoir le contenu de mon estomac, Lysandre.

Jeremy avait ponctué ses mots d’un doigt d’honneur et j’avais juste rigolé en engloutissant une autre cuillerée de céréales.

— Au fait, pourquoi les flics ont arrêté de nous suivre ? Valeria a baissé sa culotte ?
— Va te faire foutre, Robin, avait répliqué la concernée en relevant la tête de son portable.
— Je rigolais, calme toi. Sérieusement, il s’est passé quoi ?

J’avais mis un certain temps à calculer la question.

— Lys’ leur a balancé un sachet dans la gueule.

J’avais vaguement frissonné au surnom, sans relever.

Pourquoi ils avaient arrêté de nous suivre, ouais ?

Mon regard s’était glissé sur les bouts de mes doigts, l’air sûrement aussi constipé que concentré, puisque Robin avait éclaté l’instant d’après.

— T’as vomi hier, Lysandre, t’as pas déjà envie de recommencer, quand même ?

Je n’avais pas répliqué.
Au lieu de ça, j’avais naturellement tendu mes doigts vers lui et un immonde frisson avait parcouru ma peau quand j’avais vu la même série de fils bruns que la veille s’étendre en direction de cet abruti américain. Ok. Non, c’était pas une hallucination.

— Bordel de merde, j’avais lâché avant de me redresser en speed pour filer dans la salle de bain en secouant ma main. C’est quoi cette blague ?

Ma tête avait commencé à me faire le coup des loopings assez violents pour me donner envie de gerber.
Inutile de faire un dessin, j’avais tout lâché dans la douche de Jeremy. Rien à foutre de sa tuyauterie en carton. J’avais des putains de fils qui me sortaient des doigts et j’avais aucune idée de pourquoi.

En fait, si. J’avais juste du mal à encaisser ça. Je le refusais pas, ça me semblait juste parfaitement irrationnel.

Pourtant, après ça, j’avais commencé à m’amuser à tenter de comprendre comment ce truc fonctionnait. J’étais pas con, je savais que c’était juste ce que certaines personnes appelaient “un don”. Sauf que merde, je pensais pas que c’était sur moi que ça tomberait. Et c’était la merde, de l’utiliser. Parce que ça m’épuisait et que ça restait assez désagréable, les premières fois. Jusqu’à ce que j’arrive à m’y habituer.

Décembre 2000, un peu avant Noël.

J’avais dix-huit ans, une scolarité de merde et des convictions tout aussi à chier qui m’avaient amené à continuer dans les conneries que j’avais déjà commencé à faire, par le passé. Des potes inutiles, une vie sentimentale ponctuée de coups d’un soir depuis que Valeria était retournée au Brésil... Ouais, elle était brésilienne, absolument magnifique et j’aurais volontiers consacré quelques mois de plus à la fidélité, si elle était restée. Sauf que Madame s’était tirée alors j’avais continué avec juste Robin et Jeremy.
On se limitait aux soirées alcoolisés, aux délits “softs” et aux passages de nanas qu’on ne se surprenait plus trop à oublier, le jour d’après. J’étais sûrement défoncé en permanence, rarement en cours et mes parents n’étaient plus que deux personnes que je saluais de près ou de loin. Mon père du moins.


Ma mère avait vu son état de santé chuter d’un coup.
D’une semaine à l’autre, sans que je n’arrive réellement à comprendre le pourquoi du comment c’était arrivé. Sans que je n’arrive à saisir pourquoi ils avaient fini par réellement l’enfermer.

La réponse était évidente, pourtant.

« Ce n’est pas arrivé d’un coup, non. Tu as juste été assez lâche pour ne pas vouloir le regarder en face. »

Je n’avais pas relevé. Je savais qu’il avait raison et que, sur l’instant, je n’avais ni la force ni l’envie de nier la vérité qu’il m’avait mise sous le nez. J’avais fui, oui. J’avais préféré tout lui laisser, à lui, parce que j’estimais en avoir assez bouffé. J’avais préféré faire comme si de rien n’était alors que je la voyais, la mort qui s’étendait un peu plus dans ses yeux, chaque jour qui s’écoulait. Je m’attendais simplement pas prêt.

— Tout ira bien, nous lui prescrirons plus de médicaments jusqu’à ce qu’elle se calme. Ce sont des choses qui arrivent au vu de son état mental

J’étais assis à côté de mon père, face à un crétin de médecin qui avait l’air au moins aussi cinglé que la plupart des parents que j’avais croisés en chemin. Sa tronche me revenait pas.
J’avais envie d’attraper la tête de l’infirmière à côté de lui pour l’entrechoquer avec la sienne. « Tout ira bien » alors que notre salle de bain était un putain de carnage sanglant. « Nous lui prescrirons plus de médicaments » alors que ces merdes lui servaient à peine de calmants. Facile de ne pas porter atteinte à sa vie, quand on est shooté au point de plus pouvoir se lever, non ? Facile d’en dépendre, par peur de faire une connerie et de se retrouver face à la réalité, une fois l’effet passé, non ?

— Oh, Lysandre… Tu es venu ?

Sa voix derrière moi m’avait fait sursauter, mais je n’avais pas bronché. J’étais pas prêt à la voir, putain. J’entendais dans sa voix que j’allais pas aimer ce que j’allais avoir sous les yeux. Je voulais même pas venir ici à la base.

— On t’as accompagné, maman.

La douceur dans ma voix m’avait surpris moi-même.

— Oh… C’est gentil.

Elle était déchirée. Complètement déchirée. Haut perché parce qu’elle savait sûrement déjà plus ce qu’elle avait fait. Trompée par toutes ces merdes qui couraient dans ses veines parce qu’ils savaient faire que ça, de toute manière : La doper. La doper et tout lui faire oublier, tant qu’elle était pétée. Et putain comme je leur en voulais.

— Tu te sens mieux ?

Je n’avais toujours pas bougé. Je ne voulais pas bouger. Pas même lorsqu’elle s’était installée face à moi, un léger sourire aux lèvres et un air vaguement désolé dans ses yeux. Elle avait maigri, encore. Ses joues s’étaient creusées, ses clavicules ressortaient, et elle flottait dans l’espèce de robe beige qu’elle avait enfilé. Un cadavre vivant et c’était pourtant ma mère que j’avais sous les yeux. Cette même mère que je me sentais encore aimer, plus que tout, quand bien même j’avais envie de pleurer.

— Bien sûr. Pourquoi cette question, mon ange ?

Elle avait l’air aussi sincère que sereine. Et c’était perturbant.

— … Je sais pas.
— Tu me manques, tu sais ?

Mon père et le docteur s’étaient levés, sans un mot. Et moi, j’avais senti mon coeur se serrer, mes larmes monter et une soudaine pression m'écraser.

— Je serais dehors, Lysandre.

Il était sorti sans rien ajouter, plongeant la chambre d’un silence que ma mère brisa en chantonnant afin de murmurer :

— Je suis contente que tu viennes me voir, je croyais que tu m’évitais…
— Maman…
— Je sais. Tu as une petite amie, je l’ai vue l’autre fois, alors tu n’as plus de temps pour moi.

Elle souriait de façon si naturelle que j’en avais eu la nausée.

— Ouais… Valeria est… 'Fin voilà.

Je mentais. Evidemment que je mentais. Je m’en cognais de cette nana.

— Et à l’école ? Ca va ?
— Bah… Ouais, je suppose.

Elle avait froncé les sourcils, cette fois.

— J’ai vu tes bulletins, Lys.
— … Ah.
— Tu ne veux plus travailler ?
— Je sais pas quoi faire après, surtout. Alors je m’en fiche un peu.

Son visage avait repris son habituelle douceur et elle avait doucement pris ma main, pour l’inspecter.

— Tu as des cicatrices, sur les doigts.
— Je me bats souvent.

C’était sorti de but en blanc, comme ça, je savais pas pourquoi.

— Tu devrais les utiliser pour autre chose, je suis sûre que tu serais un bon pianiste. Ou artiste. Peut-être même que tu serais un bon cuisinier ?

Elle n’avait pas relevé, non. Au lieu de ça, elle avait continué à s’enliser dans un mensonge qu’elle avait elle-même tissé, : Si elle feignait ne pas savoir, alors ce n’était pas vrai. Si elle se mentait à elle-même alors, tout ce qu’on lui disait ne pouvait pas être vrai.

Son sourire s’était transformé en rire aussi court que léger et elle avait un peu plus serré ma main, sans s’arrêter de me regarder.

— Tu es nerveuse ?
— Non, pourquoi ?
— Qu’est-ce que tu as ?

Je savais qu’elle mentait. Son sourire forcé était le même que celui qu’elle utilisait pour me rassurer, quand j’étais plus petit. Sa façon de me caresser la main était pressante, mal assurée. Elle mentait, elle avait peur, et je n’avais aucun moyen de la rassurer.

— ...J’ai peur pour toi, Lysandre.
— Je vais bien.
— J’ai peur de ce que tu vas devenir.

Je l’avais regardée un moment, sans piger. Est-ce que je comprenais pas ? Ou est-ce que je ne voulais pas comprendre ? D’aussi loin que je m’en souvenais, j’avais toujours voulu être sa fierté. Jusqu’à commencer à dérailler. Jusqu’à commencer à me détourner de tout l’amour qu’elle m’avait toujours donné. Je lui avais tourné le dos par frustration. Parce que j’avais préféré me dire que le problème venait d’elle, plutôt que de reconnaître qu’il venait de moi. Parce que je ne pouvais pas l’aider, et que je m’en voulais. Parce que je lui en voulais, inconsciemment, de me mettre dans cet état.

— Comment ça ?
— J’aimerais que tu te reprennes en main, Lys… Je sais que c’est sûrement dur pour toi, à cause de moi, mais…
— Ce n’est pas à cause de toi, Mam--
— Laisse moi finir.

Je n’avais pas rechigné. Sûrement parce que je la voyais lucide pour la première fois depuis trop longtemps.

Alors qu’elle était shootée ? Quelle ironie.

Pourtant, rien dans ce qu’elle disait ne m’avait semblé influencé par les doses de calmants qui courait ses veines. Rien dans toute la tendresse de ses mots ne laissait croire qu’elle ne tarderait pas à s’éteindre et, pourtant, tout me le criait.

Elle ne m’avait rien demandé de plus que de faire attention, tout simplement. Juste ça. De me reprendre en main, d’être heureux, d’avoir un mode de vie sain. Rien que ça. De lui pardonner, d’avoir un beau métier, de me marier et, peut-être même, d'avoir un bébé. Seulement ça.

Et elle n’avait pas arrêté de sourire, jamais. Quand bien même j’entendais dans sa voix qu’elle avait envie de pleurer, elle n’avait jamais craqué.

Ce jour-là, elle s’était endormie en tout tranquillité, non consciente du calvaire qui l’attendrait lorsqu’elle se réveillerait.

&

Mars. Le cycle des hospitalisations s’était terminé. Elle ne sortait plus, sauf de très courtes demi-journées. Son état ne s’était pas amélioré, non. Elle délirait. Tous les jours, à chaque fois je le voyais. Elle m’oubliait. Me souriait comme si j’avais de nouveau huit ans, comme si j’étais encore son bébé.

« Il n’y a plus grand chose à faire. » Sans rire. « Nous essaierons de la maintenir tranquille mais il n’y a que peu de chances de voir son état s’améliorer. » Normal, vous l’avez déjà démontée.

Je culpabilisais pour rien. Sûrement un peu trop. J’aurais pu le vouloir de toutes mes forces, je n’aurais jamais réussi à la sauver.


— Tu veux aller la voir ? m’avait lancé mon père, de but en blanc, un soir où je venais de rentrer.
— … Quoi ?
— Tu veux aller voir ta mère ou pas ?
— … Non. Je… J’vais réviser.

Je savais pas vraiment pourquoi j’avais sorti ça. Je terminais le lycée cette année et je m’y prenais peut-être un peu tard, pour revoir mes cours et me préparer.
Mais j’avais rien de mieux à faire. Foutre le bordel ne me faisait pas rêver, même pour me défouler. J’avais l’impression de tourner en rond et, au fond, c’était bien ce que j’avais fait, au cours des trois ou quatre dernières années. De la merde. Rien que ça. J’avais traîné avec des connards qui valaient pas mieux que ça.

— Tu sais déjà ce que tu veux faire l’année prochaine ?
— Non.

J’avais claqué la porte de ma chambre sans rien ajouter.
Je n’avais aucune foutue idée de ce que je ferais, non. Du sport ? Avec mes poumons de fumeur ? De l’art ? Encore moins, mettez moi un crayon dans la main et je vous rédige une dissert’ sur ô combien je vous emmerde. De la comm’ ? Pass. De même pour le marketing, et tout ce bordel. La médecine ? Peut-être. La socio ? La psycho ? J’aurais pu aider ma mère, avec ces conneries.

— Elle est déjà morte, de toute façon.

C’était triste à dire, mais pas moins vrai.

Et tout était arrivé quelques mois après, comme pour me le prouver.

Mars 2001.


« Son cerveau est déjà trop touché, c'est fini. »

Un AVC, ou merde, appelez ça comme vous voulez. J’avais senti mon coeur lâcher quand la voix de l’infirmière avait résonné à travers la maison. J’avais pas calculé, sur le coup. J’avais pas assimilé. Impossible de comprendre ce qu’il disait, quand bien même je voyais mon père pleurer.

« Elle est encore vivante, vous pouvez venir la voir. »

Il avait raccroché. Et moi j’avais maladroitement essayé de comprendre la nouvelle que je venais de me manger. « C'est fini. » j’avais l’impression de l’entendre tourner en boucle dans ma tête, je pigeais pas. C’était pas vrai. Ca pouvait pas être vrai. La dernière fois que je l’avais vue, elle était sous mes yeux, elle respirait. Bizarrement, mais elle respirait. Comme si elle cherchait son oxygène, désespérément, mais bordel elle respirait.

— Tu viens avec moi ?

Sa voix était la frontière invisible entre ce qui était réel et ce qui ne l’était pas. J’étais dans le déni ? Sûrement. Mais j’avais accepté d’y aller.

Le trajet jusqu’à l’hôpital avait été atrocement court. Et, paradoxalement, horriblement long.
J’étais pas prêt à la voir, j’appréhendais. Elle avait été mise dans une pièce en attendant d’avoir une autre chambre et putain, j’avais de moins en moins envie d’y aller.

« Elle est sous assistance respiratoire. Mais il faudra la lui retirer d’ici peu pour voir si elle y arrive par elle-même. »

Son cerveau était déjà mort, putain, qu’elle respire ou pas aurait rien changé. C’était ça le bordel des médecins ? Mentir pour atténuer le choc ? Mentir pour nous sortir, le lendemain, qu’au final, elle aurait pas réussi à continuer à respirer ? Mentir pour me faire espérer comme un con, à la recherche de la moindre certitude que, ouais, elle allait y arriver ?

— Tu veux lui parler ?

J’avais secoué la tête, planté loin du lit où elle était allongée parce que je refusais de m’en approcher.
Lui parler ? Ce aurait été connaître que c’était peut-être la dernière fois que je l’aurais fait. Ca aurait été accepter de ne plus la voir et de la laisser s’en aller. Comme lui le faisait.

J’avais compris à ce moment-là qu’il l’aimait sûrement plus que ce que j’avais imaginé. Que, malgré ses paroles blessantes, il ne l’avait jamais quittée parce qu’il ne voulait pas l’abandonner. Qu’il était juste sûrement plus perdu que moi. Qu’il ne savait pas quoi faire mais qu’il n’avait pas non plus envie de la voir s’évaporer.

J’avais compris en le voyant pleurer, lui tenir la main et caresser ses cheveux comme jamais il ne l’avait. J’avais compris en l’entendant s’excuser, en l’écoutant lui dire qu’il l’aimait et qu’il était désolé. Et je me sentais moi-même affreusement coupable, de l’avoir détesté, de lui en avoir voulu sans chercher à comprendre comment lui se sentait.

J’en avais la gerbe, le ventre noué, j’avais l’impression de suffoquer, c’était invivable. Mais j’arrivais pas à réaliser. Je pouvais juste pas accepter.

— Lysandre… S’il te plaît.

La seconde fois, je ne m’étais pas fait prier.  
Mes pieds avaient presque avancé d’eux-mêmes et je m’étais posée de questions.
J’avais attrapé sa main et toutes les larmes que j’avais retenues avaient roulé le long de mes joues. Et vous savez quoi ? Les scènes de ce genre dans les films reflètent assez bien la réalité. Les discours à la con du style « Reste avec moi. » et toutes ces conneries sont très près de ce que disent les gens en vérité, beaucoup trop près.

« Tu peux pas mourir, Maman. Je dois encore apprendre à jouer du piano, pour toi. Tu le veux toujours, non ? Je sais que t’es plus forte que ça, tu peux pas mourir de toute façon. » « Ca va aller, regarde, on est là. On va te ramener à la maison et tout s’arrangera. »

Le pire dans tout ça était que les mots que je prononçais moi-même, quand bien même ils étaient cruellement faux, faisaient vibrer le mince espoir que j’avais de la voir rouvrir les yeux, ne serait-ce que pour un court moment d’éternité.

J’y avais cru, pendant l’heure qui s’était écoulé. Pendant que je la regardais respirer paisiblement en tenant sa main et en essayant de m’empêcher de pleurer. Pendant qu’ils la déplaçaient dans une chambre pour lui retirer ses tubes et la laisser tenter de respirer. Tenter.

Elle ne respirait pas. Elle suffoquait. Plus que quand je l’avais vue dans sa chambre, le matin même. Sa poitrine se soulevait un peu plus violemment à chaque fois que l’air entrait dans ses poumons et moi j’avais juste envie de m’en aller. Elle était déjà morte, de toute façon. Mais comment est-ce que je pouvais m’en persuader, en la voyant respirer devant moi ? Comment est-ce que je pouvais l’accepter en la voyant, bien vivante, quand bien même elle souffrait, devant moi ?

— Papa… Elle est déjà plus là, hein ?

Il ne m’avait pas répondu.
Au lieu de ça, il avait tout simplement pris sa main dans la sienne et… S’était mis à faire quelque chose que je ne l’avais jamais vu faire, jusqu’à maintenant.
Il avait commencé à prier, de toutes ses forces. À demander à un Dieu, auquel il ne croyait sûrement pas, de la sauver et de la lui ramener.

Il avait commencé à prier et même moi je l’avais fait, le soir même, quand je m’étais retrouvé à pleurer toutes les larmes que j’avais encore à pleurer, dans mon lit. « Sauve la, je t’en prie. Ou emmène-la avec toi. Elle ne mérite pas l’enfer. Elle ne mérite pas ça. » Est-ce que j’y croyais ? Aucune idée. J’en avais juste besoin. J’avais besoin de me dire que, d’une façon ou d’une autre, je la reverrais.

Tout s’était bousculé dans ma tête et, pourtant, j’avais l’impression de la sentir désespérément vide. Trop d’émotions s’entrechoquaient dans mon crâne, et, pourtant, je ne savais pas réellement si j’aurais pu réussir à pleurer.

— Tu veux rentrer ?
— Quand tu voudras.

Je me fichais de rester. J’avais peur de m’en aller. J’avais peur de ne pas être là quand elle mourrait. J’avais peur mais je ne voulais pas m’approcher. J’étais terrorisé, mais j’avais fini par y aller. Mon cerveau était en parfaite contradiction, c’était insupportable, mais j’avais besoin de la toucher, de la rassurer. De me rassurer.

« Tu vas t’en sortir, on est là. On se battra avec toi. On bouge pas, t’en fais pas. »

Que des conneries que je débitais. Des conneries auxquelles je croyais, sans pouvoir m’arrêter, même lorsque j’avais dû rentrer. Même quand je m’étais roulé en boule dans mon lit, fracassé, assommé, incapable de dormir.

On m’avait annoncé qu’elle était morte le lendemain matin. Deux heures après qu’on soit rentrés, pour se doucher et se reposer.

« Les gens meurent généralement quand leurs proches ne sont pas là. On ne sait pas si c’est réellement voulu ou quoi que ce soit, mais… C’est comme s’ils se battaient pour rester en vie, tant que les gens qu’ils aiment sont autour d’eux. Comme pour ne pas les accabler de quoi que ce soit de plus que le fait de les avoir vus commencer à s’éteindre. »

Un ramassis de conneries, j’vous dis.


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4.57

L’air est frais, sur la terrasse.

Octobre 2006. Ouais ça fait un putain de bond dans le futur.

Les détails de ma vie ? On s’en fout. J’avais terminé le lycée, avec quelques difficultés, mais j’y étais arrivé. Mes relations avec mon père s’étaient nettement améliorées et, de là, j’avais commencé à lui parler du pouvoir, totalement naze au passage, que je me traînais. Autant dire que j’étais sur le cul quand j’avais appris qu’il avait lui même une cochonnerie de ce genre. Encore plus quand j’avais su qu’il avait la capacité à parler aux autres dans leurs rêves et, au vu de la façon dont il m’avait regardé, j’aurais parié qu’il l’avait déjà fait avec moi. Plus que “quelques fois”. Bref. Appelez ça comme vous voulez. De la triche ou quoi que ce soit, mais toujours est-il qu’il m’avait permis d’entrer à Summerbridge comme ça et j’avais dû travailler tout l’été pour pouvoir y entrer.


J’avais 24 ans, un billet de vingt livres dans les mains et j’avais tout juste fini mes études, diplômé de Summerbridge et prêt à rentrer… Bah chez moi. Enfin, j’étais déjà chez moi, mon avion avait atterri une petite quinzaine de minutes avant et j’attendais maintenant mon père, accompagné de la femme avec qui il se gardait de préciser qu’il avait refait sa vie.

Evidemment, j’avais eu du mal. Evidemment, j’avais gueulé. Mais il faisait ce qu’il voulait, je m’en foutais. J’étais seulement de passage, le temps de me trouver un appart et de m’en aller. Le temps de me poser comme il le fallait et de faire ma vie de mon côté. Il m’avait aidé alors je la bouclais. Je n’avais juste pas envie de retourner dans cette maison aussi lourde de souvenirs que de regrets, pour moi.  

Elle ne m’attendait pas, là-bas. Elle ne serait pas dans le canapé, les yeux rivés sur la télé quand bien même elle se perdait dans le labyrinthe impossible de ses pensées. Ce ne serait pas elle que je verrais descendre des escaliers, juste après m’être levé. Et autant dire que je n’y étais absolument pas prêt. Pas prêt à supporter une autre femme. Pas prêt à l’accepter. Pas prêt à le voir l’aimer.

— Lys ?

Il avait vachement changé, en 6 ans.

— Tu veux bien abréger les présentations et tout le reste, s’il te plaît ? J’ai envie de rentrer, je suis épuisé.

Non, je n’avais pas envie de rencontrer cette femme, ni même de savoir qui elle était. Alors, dans un soupir désabusé, mon père m’avait vaguement expliqué qu’elle s’appelait Lisa -un nom de merde donc, qu’elle était espagnole et qu’il l’avait rencontrée quatre ans plus tôt. Poursuivi par les latinos, j’vous jure.

J’étais rentré “chez moi” avec eux et j’avais tout naturellement choisi d’occuper la chambre d’amis. Hors de question que je récupère mon ancienne chambre. Je n’avais aucune envie de me perdre dans toutes les conneries de souvenirs qui traînaient là-dedans et j’avais bien assez l’impression de voir ma mère partout où j’allais.

Alors je passais toutes mes journées dehors, je rencontrais des gens, j’aimais, vaguement. Ou du moins, je faisais semblant. Hommes, femmes, je m’en foutais. Tant que ça m’occupait. Quitte à devoir les jeter comme de la merde après. J’avais besoin de me changer les idées, de fuir les fantômes de chez moi, d’oublier, tout simplement. Et puis, j’avais rencontré une latino, encore, juste après avoir commencé à travailler.
Une Colombienne putain mais où j’allais les chercher, en pleine Angleterre ?


Elle n’avait rien de bien particulier. Elle était juste… Belle. Un beau sourire, des yeux d’enfer, et un corps qui suivait carrément le reste. Ouais bon, je couchais pas avec n’importe qui. Mes aventures à Summerbridge l’avaient prouvé et même de retour en Angleterre, je trouvais le moyen de chipoter. Je voyais pas pourquoi ça aurait changé, de toute manière. Bref.

Je l’avais rencontrée dans les couloirs de l’hôpital. Un slim, un col roulé, des talons aiguilles dans lesquels elle avait l’air d’avoir marché toute sa vie… Et je m’étais retrouvé au-dessus d’elle deux semaines après, embarqué dans une espèce de relation complètement barrée où on se cherchait sans trop savoir comment se retrouver autre part que dans un lit. Le sien, en général. Comme le jour où elle m’avait proposé quelque chose que je n’avais pas pu refuser.

— Tu veux emménager avec moi ?

J’avais vécu avec elle sans trop savoir ce que je faisais, ni où j’allais. Je ne sais pas vraiment si nous étions devenus amis, si c’était plus, moins, ou si rien n’existait au-delà du sexe. Je ne savais pas ce que je ressentais. Est-ce que je ressentais quelque chose au moins ? Je me mentais à moi-même, autant que je lui mentais à elle. Je souriais, quand elle m’agaçait, je m’accrochais, quand je voulais m’en aller. Trop capricieux et gamin. Trop malheureux et dépendant de quelqu’un. Mais est-ce qu’elle l’avait remarqué ? Jamais. Si je ne savais déjà pas ce que je faisais moi-même, elle n’en avait sûrement pas idée de son côté. J’avais fini par me perdre moi-même dans le jeu que je jouais et, au final, lorsque l’occasion s’était présentée, j’avais décidé de m’en aller.

Juin, l’année de mes 27 ans.

Je travaillais dans un hôpital depuis deux ans à peu près, quand on m’avait assigné à un centre psychiatrique. Pourquoi aussi vite ? J’en sais rien. Je m’en fichais, j’avais pu prendre mon appart alors j’avais pas râlé. Je pouvais vivre comme je le voulais, et c’était tout ce qui importait. Adriana était sortie de ma vie comme elle y était entrée : soudainement. Et je n’avais pas cherché à la retrouver. Tout comme elle ne l’avait pas fait.

— Monsieur Sparrow ? Vous avez un nouveau patient.
— Encore ? Vous essayez de vous en débarrasser ?
— Non. Il s’appelle Liam Herinsten. Et il est… Dans un cas relativement désespéré. Il est totalement instable, impossible de baisser sa dose de calmants sans qu’il ne devienne totalement fou et--
— Et c’est à moi que vous le refourguez ? Je ne suis pas magicien.
— Il… Dit qu’il voit un compteur au-dessus de la tête des gens.
— Quoi ?

Elle m’avait tendu le dossier, l’air de ne visiblement pas en savoir plus, et s’était éclipsée hors de mon bureau à la vitesse de la lumière. Ces infirmières, je vous jure. Du grand n’importe quoi.

Et je m’étais rendu compte que c’était encore plus du grand n’importe quoi en ouvrant le dossier que j’avais dans les mains. La dose d’anti-psychotiques et autres cochonneries qu’on lui prescrivait était hallucinante. Ma mère elle-même n’avait jamais atteint ce stade et Dieu savait comme elle avait été dans des états absolument déplorable. Sauf qu'elle, n’avançait pas voir des compteurs au-dessus de la tête des gens.

Je m’attendais à un légume, assommé, incapable de quoique ce soit. Et j’étais pas loin de la vérité.


&


Un cadavre. C’était ce que j’avais sous le nez. Un macchabé ambulant, shooté aux médicaments et avec les yeux aussi vides que ceux d’un merlan frit. La médecine l’avait réduit à l’état d’enveloppe charnelle à peine en vie et je me demandais comment il arrivait encore à bouger.

— Liam ?

Pas de réponse. Évidemment. Son cerveau baignait dans toutes les merdes qu’il ingurgitait à longueur de journées. Il devait même à peine comprendre que je lui parlais. À seulement quinze ou seize ans, sa vie était déjà à moitié foutue en l’air et j’avais eu envie de faire avaler sa cravate à la tête de con qui avait été sur le cas, avant moi, quand je l’avais vu pour la première fois. Est-ce qu’il mangeait, au moins. Est-ce qu’il y arrivait ?

— Liam, je m’appelle Lysandre et je serais ton nouveau psychiatre à partir de maintenant.

Toujours rien. Je ne m’attendais à rien de toute façon. J’étais là pour étudier son cas, ni plus ni moins. J’étais là pour essayer de comprendre le problème et même si la potentielle solution flottait dans un coin de ma tête, je n’avais pas réellement cherché à m’y attarder. Notamment parce qu’une conversation à sens unique ne m’aurait pas aidé à la confirmer ou, au contraire, à l’infirmer.

Il me rappelait ma mère, d’une certaine façon. Autant à cause de ses yeux vides que parce qu’il était aussi sec que les raisins que j’engloutissais par paquets, quand je travaillais.
Sûrement déjà mort aux yeux de la science et de sa famille, bien vivant aux miens.

Qu’on se le dise, mes collègues sont tous des charlatans avares au possible et incapable de faire leur travail correctement. Je déteste les psychiatres. J’en suis un moi-même ? Exact. Mais ça ne m’empêche pas de détester les autres personnes exerçant mon métier. Appelez ça comme vous voulez. Hypocrisie, contradiction. Grand bien m’en fasse, je ne veux pas leur ressembler.

2015


Liam.


Il était entré dans ma vie avec la violence d’un ouragan.
J’avais cherché à l’aider, autant que possible, sans voir que je m'y attacher. Je ne baissais ses doses de calmants que par légers accoups et je n’avais commencé à baisser ma garde que lorsqu’il avait réellement pris l’initiative de faire autre chose que juste me regarder. Il était pas bien loquace, loin de là même. Nos discussions étaient essentiellement à sens unique mais elles me suffisaient amplement pour savoir que les doutes que j’avais étaient parfaitement justifiés. C’était sûrement un don. Forcément même. Il m’en parlait peu mais le deviner n’avait pas été réellement compliqué.


— Liam. Tu veux venir avec moi à Summerbridge ?  
— Mh ?

Ca faisait à peu près huit ans que je le connaissais, et j’avais l’impression que presque rien n’avait changé. Il avait fait des efforts, c’était certain. Ce qu’il fallait pour pouvoir sortir de cet endroit, si je le disais et s’il le voulait.

J’avais déposé son dossier à l’administration quelques mois après l’avoir rencontré, pour avoir l’autorisation d’un peu mieux le “traiter” et d’être le seul à pouvoir m’en occuper. Et j’avais attendu, en essayant de l’aider à se calmer pour pouvoir le sortir de l’enfer dans lequel il vivait. En essayant de l’aider là où j’avais fui, quelques années auparavant. En essayant, sûrement pour me racheter autant que parce qu’il méritait de vivre et non d’être enfermé.

La réponse était tombée quelques heures plus tôt et je n’avais pas réfléchi. J’étais allé le chercher et j’avais bien l’intention de l’emmener avec moi, loin d’ici.


— Je vais y retourner, et j’ai le droit de t’emmener avec moi. J’aurais ta garde exclusive et médicale. Je serais ton représentant légal, en gros. Mais, surtout, tu ne seras plus enfermé et ton traitement sera sûrement plus doux que celui que tu as pour l’instant.

J’aurais juré avoir vu ses yeux s’éclairer. Ne serait-ce qu’un peu. Ou alors peut-être que j’avais simplement rêvé. Au fond, il était sûrement… Heureux à sa façon. Ou soulagé. Sa tête était un véritable labyrinthe alors j’aimais mieux ne pas m’avancer. Il avait accepté (de toute manière il n’avait pas le choix) et c’était tout ce qui comptait.

Et je m’étais rendu compte en voyant son visage, une fois dehors, que j’avais bien fait. Tout était loin d’être encore parfait, il n’irait pas mieux du jour au lendemain et je n’arriverais sûrement pas à le comprendre avant des années, mais sur l’instant, je m’en contentais.


L’arrivée à Summerbridge avait été aussi rapide qu’agréable. J’avais choisi un appartement quelques temps avant de partir et mon compte en banque m’avait permis de tenir le coup en attendant de travailler à la fac, à temps partiel, en dehors des fois où je m’occupais de Liam et du nombre incroyable d’emmerdes qu’il avait le temps de s’attirer.

5.48

— Foutu sale gosse, t’as bien évolué.

Il faut bien que je l’admette. En deux ans, même s’il m’en a fait voir des vertes et des pas mûres, j’étais fier de la façon dont il avançait. Un peu comme un père qui regardait son fils, en vérité. J’ai plutôt l’âge d’être son grand frère, mais qui s’en branle ? Je suis sûrement trop vieux pour avoir des enfants. J’exagère ? Non, je n’ai pas de temps pour une vie sentimentale, tant que Liam sera sous ma responsabilité, et je n’ai aucun remord à l’avoir sacrifiée.


Derrière l'écran
Shae ᵜᴥ 22 ᵜᴥ ᵜᴥ


Code:
[b]Invisible rope[/b] • Capable de ligoter/attacher avec des fils invisibles qu'il est le seul a voir et contrôler.  ▬ [i]Lysandre Sparrow[/i]

Code:
[b]Psychiatre[/b] • A Summerbridge  ▬ [i]Lysandre Sparrow[/i]

Code:
Tsukumo Murasame • Uraboku ▬ [i]Lysandre Sparrow[/i]




© Fiche par Babao pour Tasty Tales


Dernière édition par Lysandre Sparrow le Dim 11 Juin - 9:54, édité 4 fois
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Leo Chevalerie
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Sam 10 Juin - 22:46

REBIENVENUE !

*SORS LE CHAMPAGNE*
Hâte que tu trolles notre Liam national
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Alice Edogawa
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Sam 10 Juin - 22:54

WELCOOOME

Ton perso est super cool dis-moi Hâte de lire son histoire ♥
Bonne chance pour ta fichouille ma nouille KISS
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Ambroise Neelov
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Sam 10 Juin - 23:50

Maman. J'ai pleuré. Proud of you ? êe
Ton vava est géniallissime ( même si je pense que "Lysandre" par-dessus la citation rendrait mieux, mais là c'est mon avis d'emmerdeur °° ) ( pardon ;w; ), tu sais déjà ce que je pense de ton histoire & de ton caractère et pour le reste... J'attends de voir les inconvénients du pouvoir, mfufufu. 8D

Bon, j'ai vraiment besoin de dire que ta fiche vole plus haut que la hauteur de ta géniale attitude ? D'accord. Ta fiche vole plus haut que la hauteur de ta géniale attitude. Au niveau de ton style d'écriture... j'ai hâte de lire tes RPs. J'ai l'impression qu'avec Lysandre tu peux te surpasser sur ce point-là, et j'ai vraiment hâte de voir ça.

Welcome home, maman d'amour.

Je t'aime.
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Lysandre Sparrow
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Dim 11 Juin - 0:01

Ah, oui... Faut que j'trouve un inconvénient. C'est vrai. *Tousse*

MAIS NON JE SUIS PAS FIÈRE.
Merci de ton commentaire, me so happy, j'en attendais pas tant, dlzmlflsz. Surtout avec cette histoire totalement esquintée. u.u

Je t'aime, tu es adorable, merci. ♥

--

ET MERCI LEO AINSI QU'ALICE. VOUS ÊTES BEAUX. ♥
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Lyssla White
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Dim 11 Juin - 2:44

Maman ?

Est-ce Kat ou bien Lo ?
Aaaaaah je ne saurais deviner !

'fin bref re-bienvenu donc
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Ambroise Neelov
Moderato
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Dim 11 Juin - 3:11

KATRINA ÉVIDEMMENT ! Ö
Voyons Lys d'amour, Kelly ( = Lo ) n'est pas ma maman d'amour ! DDDDDD: *est choqué*'

Et tu devrais être fière, maman. °A°
Tu t'es vraiment surpassée, là. Vraiment et sincèrement.

Well done. ;p
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Lyssla White
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Dim 11 Juin - 3:17

Ah oui, c'est la maman de Sirius 'scusez moi.

Y'a trop de maman dans ce forum
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Artemis Kane
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Dim 11 Juin - 11:16

Cette fiche de 3km

T'es beau, t'as la classe (un peu comme Kate au masculin!)

Rebienvenue

▬ ● ● ● ▬

               
I hate you I love you
I hate that I love you
Don't want to, but I can't put
Nobody else above you

▬▬▬▬▬▬▬▬

Arte' la Déesse, par Drew ♥ :
 


Artish(o) ♥ :
 
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Liam Herinsten
Admin • Vivace
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MessageSujet: Re: CANTABILE - Lysandre Sparrow   Dim 11 Juin - 11:17


- CONGRATS DUDE -

T'es validé ! C'est t'y pas magnifique ? C'est le moment de te jeter dans le grand bain et de commencer ton aventure sur le forum ! Pour que tu sois pas tout perdu et que tu cherches pas pendant 10 ans où tu dois aller, on te met des petits liens juste là :
> Créer ta fiche de liens
> Faire des demandes de liens
> Faire des demandes de RP
> Créer la messagerie de ton perso

Pour pouvoir savoir tout ce qui se passe sur le fofo, on te propose de cliquer sur les petits liens ci-dessous. Tu verras, ça te mettra automatiquement des notifications quand il se passe quelque chose d'important :
> Evènements du forum
> Evènements CB
> Animations forum
> Annonces du forum

▬ ● ● ● ▬
Merci KitKat pour l'ava et Meow pour la signa


Spoiler:
 


http://sketchtoy.com/68103568
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